Voilà un article très intéressant de Philippe FAVRELIERE sur les poissons et coquillages "bio" parus sur le site http://aquaculture-aquablog.blogspot.com
Le poisson sauvage, naturellement bio !
Ainsi que les huîtres, les moules et tout autre coquillage....
Depuis quelques années, les poissonniers proposent des saumons bio, ainsi que des bars et des daurades, il y a aussi des truites et des crevettes bio. Bientôt, des huîtres, des moules, des tilapias, des pangas,.... Tous ces produits estampillés AB sont issus d'élevages certifiés Aquaculture Biologique. Pour chaque espèce est fixé un cahier des charges qui rentrera pour la première fois dans le cadre d'une réglementation communautaire adoptée le 29 juin 2009 à Bruxelles.
La fixation du cadre législatif de l'aquaculture biologique qui concerne dorénavant l'ensemble des pays européens, s'est réalisée dans la plus grande indifférence du secteur de la pêche française. Pourtant les nouvelles directives plutôt laxistes vont avoir des retombées sur le marché des produits de la mer dans les années à venir. A l'issue des négociations, deux organisations d'agriculteurs bio, la FNAB en France et Naturland en Allemagne, ont réagi pour dénoncer la souplesse de la réglementation quant aux pratiques aquacoles retenues notamment celles relatives aux piscicultures marines.
Après plus d'un an et demi de discussions au sein du Comité Permanent de l'Agriculture Biologique à Bruxelles, les Etats membres ont voté le texte relatif à la production aquacole biologique. Au vu de la multiplicité des cahiers des charges à la fois publiques et privés pré-existants, un consensus réunissant l'ensemble des Etats membres fut difficile à trouver. Le règlement devrait paraître prochainement au Journal Officiel européen. (1)
Directives européennes et réactions de la FNAB et de Naturland
Peu d'informations autour des négociations sur l'aquaculture biologique, deux organisations agricoles qui ne connaissent pas forcément tous les enjeux dans le domaine halieutique, ont passé des communiqués :
1- Un premier communiqué de la FNAB daté du 22 mai 2009 pointe des difficultés
Aquaculture bio : le vote du premier règlement repoussé
A la demande de plusieurs Etats membres de l'Union européenne, dont la France, le vote du premier règlement sur l'aquaculture biologique présenté le 13 mai dernier a été reporté à la fin juin. La Fnab (Fédération nationale d'agriculture biologique) s'en réjouit et compte mettre à profit ce laps de temps « pour rapprocher ce projet d'un règlement véritablement bio »et « convaincre ses partenaires du bien fondé de ses demandes ». La France reprochait au texte « ses graves insuffisances et son éloignement des normes publiques françaises existantes », selon la Fnab. La France a défini depuis une dizaine d'années un cahier des charges public concernant cette production, poursuit la fédération. Une quinzaine d'aquaculteurs bio sont recensés aujourd'hui en France.
2- A l'issue des négociations, Naturland et la FNAB émettent de sérieuses réserves
L'association biologique Naturland avait déjà développé une norme pour l'aquaculture biologique il ya douze ans et a joué un rôle important dans le processus de Bruxelles. Naturland se félicite de l'initiative de l'UE pour encourager la production de poisson biologique. Toutefois, la nouvelle norme représente le plus petit dénominateur commun, des points importants ont été définis avec beaucoup trop d'imprécisions, a souligné Hans Hohenester, agriculteur bio et président du conseil d'administration de Naturland. (qui permet notamment l'utilisation de produits chimiques pour l'entretien des cages d'élevage).
La FNAB s'était fortement opposée à ce texte en raison de ses graves insuffisances (pas de distances minimales entre élevages bio et conventionnels, pas de pourcentage minimum d'alimentation bio pour les poissons omnivores, pas de seuils maximum de polluants, etc...), mais aussi des densités trop faibles pour les modèles d'élevages français de truites et de saumons (petites unités, essentiellement en rivière). Le texte n'a pas encore circulé, mais la Commission aurait accepté avant le vote une augmentation de la densité des truites et saumons, une période dérogatoire sur les densités jusqu'en juillet 2013, ainsi que le principe d'une révision du texte à cette date, basée sur un programme de recherche sérieux à mener d'ici là. Source : La brève bio de la FNAB n°39 du 30.06.2009
Pourquoi parler de l'aquaculture biologique qui a priori n'intéresse pas le monde de la pêche en France ?
Aux USA, l'adoption d'une certification d'aquaculture bio à la fin de l'année 2008 a été le résultat de plusieurs années de discussions entre les défenseurs du poisson sauvage et le lobby des pisciculteurs. En fait, les pisciculteurs souhaitaient pénétrer le marché américain avec une image redorée en bio face à la suprématie du saumon sauvage d'Alaska. Résultat : le lobby du saumon sauvage a gagné en imposant des contraintes d'élevage telles que les piscicultures bio ne sont économiquement pas viables sur le territoire étatsunien.
En matière de communication, des sociétés comme Marine Harvest (probablement leader mondial dans le saumon bio) dont le chiffre d'affaires annuel est comparable à celui de toute la filière halieutique française à hauteur de deux milliards de dollars, peuvent faire vite pencher la balance plutôt du côté du bio tout en épargnant le saumon d'élevage conventionnel dont cette société reste le premier producteur mondial, que du côté du poisson sauvage. Voir : l'article d'Agroligne tout en louange pour le saumon bio : Le saumon irlandais certifié "AB"
Les premiers résultats d'une communication bien ciblée : Saumon bio et autres astuces écologiques pour une belle assiette et une belle planète! (24PM Ecologie) « Les temps nous encouragent de plus en plus à se tourner vers du saumon bio, ou du moins de faire une consommation de ce poisson très populaire plus attentionnée, plus mesurée et précautionneuse afin de préserver d'une part cette espèce et d'autre part l'environnement. Choisir du saumon bio, ou labellisé est la meilleure manière de lutter contre la disparition de cette espèce considérée comme une des plus menacées.»
Petit à petit, le saumon « bio ».....
Influencés et mal informés, beaucoup de consommateurs pensent que les poissons bio à l'image des légumes, de la viande, du lait AB sont plus sains que les autres poissons. Et petit à petit, le saumon bio se fait une place sur les étals parmi les produits frais, dans les rayons parmi les produits transformés ainsi que dans les magasins spécialisés « bio ». Cette tendance pour les poissons AB va dans le sens d'une alimentation plus saine et sans OGM (1). Les principaux fournisseurs de saumon bio sur le marché français l'ont bien compris ; Norvège, Irlande et Ecosse développent actuellement ce type d'élevage sur toutes leurs côtes, d'autant plus que la réglementation européenne adoptée le 29 juin 2009 en matière d'aquaculture biologique n'est pas une barrière comme aux USA.
Les poissons et les coquillages, tout naturellement bio
Alors que la filière de la pêche française hésite sur le choix du type d'écolabels qui permettrait de valoriser les productions halieutiques, n'y aurait-il pas une niche commerciale à explorer, une réflexion à mener avec les transformateurs et les distributeurs de produits bio ? Très implanté en Bretagne, le réseau Biocoop qui commercialise déjà du saumon bio, pourrait être à la base d'une négociation entre organisations de pêcheurs et distributeurs. Les conchyliculteurs pourraient se joindre à cette réflexion. L'Agence Bio chargée de la promotion des produits biologiques en France, attend les projets d'ici mi-septembre 2009.
Il serait illogique de refuser l'appellation AB à des poissons et autres produits de la mer dont les déchets sont déjà considérés comme bio. En tant que partie intégrante de la filière agricole biologique à travers les engrais bio issus de la valorisation des déchets de produits halieutiques, les poissons et les coquillages sont tout naturellement bio.
Philippe FAVRELIERE
(1) Nouvelle réglementation européenne : Production biologique d'animaux d'aquaculture et d'algues marines Règlement (CE) N°710/2009 de la Commission du 5 août 2009 modifiant le règlement (CE) N°889/2008 portant modalités d'application du règlement (CE) n o 834/2007 du Conseil en ce qui concerne la production biologique d'animaux d'aquaculture et d'algues marines.
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