Les huître triploïdes
Début de l'histoire :
En 1997, le laboratoire de l'Ifremer (Institut français de recherches pour l'exploitation de la mer) de La Tremblade, en Charente-Maritime, obtient des huîtres creuses tétraploïdes, comportant quatre paires de chromosomes. Pour arriver à ce résultat, les scientifiques ne leur ont pas ajouté des gènes appartenant à une autre espèce mais ont réussi à conserver des chromosomes qui existent dans l'animal, qui sont normalement expulsés lors de la fécondation. Croisées à des individus diploïdes du milieu naturel (dotés de deux génomes de base), ces tétraploïdes donnent des triploïdes. Avantage: ces huîtres sont stériles, elles ne produisent donc pas de laitance, cette matière blanchâtre qui freine leur consommation estivale (qui ne sont pas des mois en R). Et comme elles ne s'épuisent pas à se reproduire, elles grossissent plus vite.
Un producteur (SATMAR) a mis au point une nouvelle technique permettant la production de ces oeufs triploïdes. Juste après la fécondation, ils ajoutent une infime quantité d'un extrait obtenu à partir de la culture d'un champignon, ce qui empêche qu'un lot de chromosomes soit expulsé de l'oeuf.
A défaut d'être un OGM (Organisme génétiquement modifié), cette huître est biotechnologiquement manipulée. Elle relèverait de la réglementation sur les «nouveaux produits », (novel foods) et donc de procédures spécifiques européennes. L'huître triploïde échappe de ce fait aux études toxicologiques et à l'étiquetage « novel foods » et peut donc être vendue sur le marché sans que l'acheteur puisse l'identifier. Pourtant, il n'existe pas de données disponibles sur le potentiel accumulateur des huîtres triploides vis-à-vis des polluants de l'environnement (métaux lourds, bactéries, phycotoxines...).
Gains de productivité :
D'après André Gérard, chef du laboratoire de génétique et pathologie de l'Ifremer et directeur de la station de La Tremblade, les éleveurs gagneraient de 30 % à 40 % de croissance sur deux, trois ans. Ceci permet aux écloseurs de vendre les naissains plus cher (jusqu'à 10 centimes l'unité au lieu de 6) aux ostréiculteurs, lesquels en tireraient tout de même un bénéfice accru.
Les réticences :
Baptisée du joli nom vendeur "huître des quatre saisons", la triploïde paraissait bien partie pour conquérir les palais. Sauf qu'une partie de la profession, menée par Goulven Brest, président du Comité national de la conchyliculture, interprofession qui rassemble toute la filière, y compris la grande distribution, lui a déclaré la guerre. "Les coquillages sont parmi les derniers produits naturels existants, explique Goulven Brest. Perdre cette image serait extrêmement gênant. On s'interroge sur la réaction du consommateur." Et la grande distribution, qui sait l'opinion publique plutôt hostile aux manipulations génétiques, partage assez largement cette crainte.
De plus, la stérilité de la triploïde ne serait pas sans faille: "Et s'il s'avère qu'elle ne l'est pas, nous considérons qu'il existe un risque", prévient Goulven Brest. Mais on ne sait pas encore lequel.... "On peut imaginer une stérilité assez importante dans le milieu naturel", s'inquiète le président du CNC. Mais André Gérard, très agacé, répond: "Si les triploïdes se croisaient entre elles, ça donnerait des animaux normaux." On en saura plus dans quelques mois, l'Ifremer devant livrer les premiers résultats sur leur stérilité réelle ou supposée et les effets de celle-ci sur les générations suivantes à la fin de l'été.
Dans un article datant de Juin 2000 de l'IFREMER intitulé « Savoir et comprendre avant de diaboliser », on nous explique qu'il ne faut pas faire l'amalgame entre OGM et ces huîtres. Soit, mais cet article fait aussi l'apologie du « un de plus ce n'est pas grâve » : Les betteraves à sucre, la banane, les agrumes sans pépins (les clémentines sont des mandarines triploïdes) , les truites ( 20% de la production de truite d'élevage), les saumons.... les exemples sont nombreux.
Une histoire de goût :
Autre critique: Goulven Brest ne juge pas leur goût meilleur que celui des diploïdes. "Les huîtres stériles, à la chair goûtée, commencent à être commercialisées. Les spécialistes affirment qu'elles sont à l'huître naturelle ce que le chapon est au poulet", titrait en une l'hebdomadaire le Progrès de Cornouaille et Courrier du Léon et du Tréguier le 9 octobre 1999. André Gérard confirme: "Gustativement, c'est prouvé. Normalement, les diploïdes sont plus grasses l'été et plus sucrées l'hiver. Avec les triploïdes, on n'a plus cette différence. D'ailleurs, elles ont obtenu bien plus de médailles, notamment d'or, aux concours agricoles."
Et pour l'avenir ?
Le 9 juin 2010, une féroce bataille opposera donc partisans et adversaires des triploïdes. A priori, l'obligation d'étiquetage est acquise. Mais Goulven Brest laisse planer la menace d'une interdiction. Au-delà, la réunion devrait permettre également de savoir enfin quel pourcentage des quelque 135 000 tonnes d'huîtres creuses produites en France (contre un peu plus de mille de plates) sont triploïdes. Sur ce seul point, les ennemis sont d'accord. Pour l'heure, la production est marginale (10 à 15 % de la production annuelle).
Article élaboré à partir d'informations issues de http://terresacree.org/
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